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Pour rappeler son histoire à nos lecteurs qui ne le connaissent pas encore, Joël a 45 ans, originaire des Antilles, il est l’aîné d’une famille nombreuse (5 frères et 1 sœur). Le sport, il en a toujours fait mais la vie était dure en Martinique. À 25 ans, il est victime d’un accident du travail alors qu’il était mécanicien. Une benne lui est tombée sur le dos. Il sait assez vite qu’il ne pourra pas récupérer ses jambes, ce qui est difficile à admettre pour ce grand gaillard (1m90 et 92 kg). «Je prends un coup de massue, seul dans ma chambre. Mais je ne me laisse pas aller, je me retrouve avec des personnes qui vivent la même chose et d’autres des choses pires. Alors tu t’accroches, tu cherches à savoir comment tu vas exploiter au mieux ce nouveau corps».

Être en fauteuil, c'est l'école de la patience…
Pour rappeler son histoire à nos lecteurs qui ne le connaissent pas encore, Joël a 45 ans, originaire des Antilles, il est l’aîné d’une famille nombreuse (5 frères et 1 sœur). Le sport, il en a toujours fait mais la vie était dure en Martinique. À 25 ans, il est victime d’un accident du travail alors qu’il était mécanicien. Une benne lui est tombée sur le dos. Il sait assez vite qu’il ne pourra pas récupérer ses jambes, ce qui est difficile à admettre pour ce grand gaillard (1m90 et 92 kg). «Je prends un coup de massue, seul dans ma chambre. Mais je ne me laisse pas aller, je me retrouve avec des personnes qui vivent la même chose et d’autres des choses pires. Alors tu t’accroches, tu cherches à savoir comment tu vas exploiter au mieux ce nouveau corps».
Au bout d’un an de rééducation, il se sent prêt à affronter l’extérieur, le regard des gens qui tombent vers son fauteuil. Il souhaite repartir en Martinique pour retrouver sa famille, mais rien n’est adapté. Il sait que ce sera sa vie désormais. Les gestes du quotidien, les repères, il va apprendre. Alors il décide de revenir en France, chez des proches. «Être en fauteuil, c’est l’école de la patience. Je suis revenu en France en 1992, je voulais faire du sport, je trouvais ça impressionnant. J’ai commencé par le Basket en fauteuil, à la JSAP (Saint-Astier). C’était sympa mais je ne pouvais pas pousser mes limites et franchement, je n’étais pas forcément doué pour cette pratique. J’ai vu qu’il y avait du matériel adapté pour l’athlétisme, j’ai essayé. Etienne BELIN, responsable du Handisport m’a encouragé. Comme certains pratiquaient, je me suis mis à suivre. Dès que mon niveau a progressé, j’ai commencé à m’entraîner seul pour aller vers la performance.»
Et les résultats en athlétisme vont commencer à arriver dès 1994. Joël participe à ses premiers Championnats de France qu’il gagne sur 800 mètres et finit vice-champion sur 5 000 mètres. La fédération l’intègre à l’équipe de France pour les Championnats du Monde à Berlin la même année. Il fait 2 finales (5 000 m et 800 m) et accroche l’or sur le relais 4x400m. «Je me dis Ouah, quand même, Champion du Monde, c’est énorme.» En 1995, il fait une saison dite raisonnable. Il va préparer très fort les JO d’Atlanta, pour y faire une grosse perf. Il ne réussira pas à faire un titre. «Je me suis surentraîné pour les JO. J’avais un programme fait par un préparateur mais je suis arrivé cramé sur les JO. C’est un regret qui m’a permis de savoir comment me gérer, mon hygiène, mes doses d’entraînements. Je suis devenu mon propre entraîneur en 1999.» Le palmarès depuis 1996 est hallucinant. Il cumule les titres nationaux, internationaux, médailles olympiques. Mais Joël, dites-nous quelle est votre plus belle victoire ou plutôt votre plus beau souvenir ? «Il y a un moment qui m’a vraiment marqué. En 2003, au Stade de France pendant les mondiaux des valides. C’est le 23 août, 13 ans après mon accident, jour pour jour. Je m’étais dis qu’un jour, j’aurai une revanche, que je pourrai donner quelque chose aux gens, prouver que je suis capable de faire lever le public. Je cours la finale des championnats du monde chez moi, en France, devant 60 000 spectateurs, la télévision, les médias nationaux. Les copains qui ont couru avant sur d’autres disciplines me chambrent car ils ont fait des podiums. Je les chambre aussi en leur disant que je reviens avec la breloque en OR. Il pleuvait, conditions difficiles. J’ai fait une course où je me suis placé, et à 300 m, je mets la poignée à fond, je produis un gros effort pour être sûr de ne voir personne me dépasser sur la ligne. Une fois la ligne passée, je lève les bras, je me retourne et je vois les adversaires à plus de 50 m. Le public est debout, la marseillaise, le titre de champion du monde sur 1500m. Tout est magique ce jour-là.»
Le public est debout, la marseillaise, le titre de champion du monde sur 1500 m…
Ensuite il sera champion olympique en 2004 sur 10 000m. C’est après ce titre que Joël se penche vers une reconversion. Il a tout connu, les titres, porte-drapeau de la délégation aux JO, la légion d’honneur entre autre. Il va s’engager à fond dans le comité d’organisation olympique Paris 2012. Il pense arrêter sa carrière pour devenir entraîneur (il est titulaire depuis 2006 d’un BE Handisport) et apporter ses compétences pour Paris 2012. Mais on connaît la suite. Les JO partent à Londres. Il y a déjà un entraîneur national. Alors Joël va créer le comité Handisport de la Dordogne. Les institutionnels suivent le projet. Des sections sont créées dans des clubs valides, du matériel est acheté pour développer les disciplines. Le comité intervient dès que possible, dans les écoles, les clubs… Le but est de mettre les personnes handicapées en situation réelle, dans les structures. «Nous voulons montrer que nous sommes capables de pratiquer nous aussi, que nous avons des qualités. Ce n’est pas parce que l’on est en fauteuil que l’on est incapable, ce n’est pas possible ça.» Malgré son investissement dans la structure, la compétition lui manque. C’est alors qu’il découvre le cyclisme appelé HANDBIKE. Il débute avec des amis. Il trouve un plaisir nouveau, l’envie de progresser revient et il se prend au jeu. Et comme d’habitude, il y va à fond. En 2007, il va commencer la compétition : «J’ai fait les championnats de France de justesse. Pour y participer, je devais avoir couru 4 courses référencées. C’était chaud. Et aux France, je fais 2 fois 3ème sur la course en ligne et le contre la montre. J’intègre l’équipe de France et participe aux championnats du Monde où je finis 20ème et 22ème. Là je me dis : Les gars, je vais revenir et vous allez voir le vrai JEANNOT, celui qui vient pour gagner. Alors je me suis préparé. Je fais champion de France 2008 / 2009 / 2010 sur les 2 disciplines. Les JO de Pékin, je ne peux pas les faire à cause d’une blessure. En Mars 2009, je décide de changer de position. Avant je courais sur les genoux, maintenant, je cours allongé. C’est très différent en termes d’effort, de musculature. Je fais 9ème sur les 2 épreuves aux mondiaux en Italie. Dans ma tête, ça devient clair que je peux aller loin dans le cyclisme. Et je commence à me projeter vers les JO.»
Mais avant d’aller si loin, Joël passe par le Canada en 2010, où il a décroché son premier titre mondial en contre-la-montre. Il ramène l’argent sur la course en ligne pour quelques dixièmes de secondes. Cet athlète est vraiment la force tranquille, sûr de sa préparation, de ses qualités. «Je retrouve mon rang, sans prétention. Mais je ne cours pas pour les places d’honneur. Je me donne les moyens de réussir. C’est très dur de s’entraîner quand il pleut, il fait froid. J’ai une vraie hygiène de vie (il me confie qu’il n’est pas fan du rhum de son île).» Pour aller vers Londres en 2012 (en passant par les mondiaux 2011 au Danemark) il a signé une convention avec le Conseil Général, la CAP et des partenaires privés afin d’avoir des conditions sérieuses de préparation. Il est aussi aidé par son association Périgord Gagnant, présidé par Denis DUMONTEIL. Après les jeux, il continuera sûrement une année, pour profiter de sa médiatisation afin de parler du sport et du handicap. Joël pense aux DOM-TOM, il serait prêt à y développer le sport adapté, sans pour autant oublier son Périgord d’adoption.

Pour en savoir plus…
: Ton Sport préféré ? J.J. : J’en ai plusieurs, mais l’athlétisme reste mon favori. Le cyclisme et le basket aussi. Je suis tous les sports du département, le BBD, le Foot. Les sportifs d’ici m’intéressent.
: Le Périgord, pour toi ? J.J. : C’est ma deuxième naissance. C’est ici que j’ai commencé le sport adapté, et que j’ai construit ma carrière. Je suis devenu champion grâce aux gens qui m’ont soutenu ici. J’aime bien le Périgord noir, j’y ai des amis et on y mange très bien.
: Les Voyages ? J.J. : J’ai beaucoup voyagé pour concourir, mais j’ai très peu souvent l’occasion de découvrir les lieux, car tout est organisé pour la compétition. Alors j’apprécie de rester chez moi. Je vais partir courant octobre, pour mes vacances avec mon épouse.
Article : Rédaction 24 Sport |